❤️📖 Dans le cadre du projet « Le Médiateur du livre », je reviens, après de nombreuses années, au livre Le voyage du cœur (Journey of the Heart), l’un des ouvrages majeurs du psychologue transpersonnel américain John Welwood.
Aujourd’hui, le 31 mai 2026, dimanche de Pentecôte, mon regard s’est arrêté sur un livre posé depuis longtemps dans les rayonnages de ma bibliothèque.
Le livre n’avait pas changé de place. Il était toujours là, sur l’étagère où je l’avais laissé il y a de nombreuses années. Présent, familier, presque invisible à force de proximité. Comme ces présences discrètes qui accompagnent notre vie sans jamais chercher à attirer notre attention.
Je ne cherchais pas ce livre. C’est lui qui s’est imposé à mon regard. Ou peut-être faudrait-il dire que j’étais enfin prête à le revoir, car certains livres ne quittent jamais vraiment notre vie. Ils demeurent là, silencieux, dans l’ombre des jours et des saisons, jusqu’au moment où quelque chose en nous devient capable d’entendre ce qu’ils avaient déjà à nous dire. Non pour nous apprendre quelque chose de nouveau, mais pour nous révéler ce que le temps, les rencontres, les voyages, les épreuves et les émerveillements ont patiemment façonné en nous depuis notre dernière rencontre.
Certaines lectures nous accompagnent toute une vie. À chaque retour, elles semblent identiques et pourtant elles ne le sont plus. À chaque relecture, un fil nouveau vient se déposer dans la trame secrète de notre compréhension, tandis qu’une autre conscience s’installe peu à peu dans le lecteur que nous étions autrefois. Les mots n’ont pas changé, mais ils sont désormais traversés par la lumière des expériences vécues, des rencontres qui nous ont transformés et des horizons qui ont élargi notre regard. Comme la toile de Pénélope qui se tisse au rythme du temps, notre compréhension du monde se construit par strates successives de mémoire, d’interrogations et de sens. La lecture cesse alors d’être un simple acte de connaissance pour devenir un voyage intérieur. Un voyage qui ne nous conduit pas seulement vers un livre, mais vers nous-mêmes.
C’est sans doute ce qui m’est arrivé aujourd’hui. La Pentecôte est traditionnellement associée au souffle, à la parole et à la rencontre. Elle marque le passage d’une expérience intérieure vers une parole capable de créer du lien. D’une certaine manière, elle célèbre la naissance d’un langage commun entre des êtres qui, jusque-là, semblaient séparés.
Peut-être est-ce pour cette raison que les derniers jours m’apparaissent aujourd’hui comme une étrange conversation. Entre le 29 mai et le 1er juin, plusieurs événements sont venus se répondre silencieusement : la disparition regrettable d’Edgar Morin, le retour de Nadia Comăneci à Onești, sa ville natale, cette relecture inattendue du livre Le voyage du cœur, la poursuite de mes recherches doctorales sur les récits de voyage français du XVIᵉ siècle, la célébration de la Pentecôte et l’approche de la Journée de l’Enfant (le 1er juin).
À première vue, rien ne relie ces moments. Et pourtant, quelque chose circule entre eux. Comme dans une métaphore, le sens se déplace d’un espace à l’autre.Comme dans les récits de voyage que j’étudie, chaque étape éclaire la suivante. Comme dans le dialogue des âges évoqué par Lucian Blaga, les voix du passé continuent de parler au présent tandis que le présent redonne vie à ce qui semblait appartenir au passé.
Edgar Morin nous quitte, mais sa pensée continue d’interroger notre avenir. Nadia Comăneci retourne sur les lieux de son enfance, rappelant que toute ascension demeure reliée à une origine. La Pentecôte célèbre une parole qui relie au lieu de séparer. Les voyageurs de la Renaissance nous rappellent que toute découverte commence par une rencontre avec l’inconnu. La Journée de l’Enfant nous invite à retrouver cette capacité d’émerveillement sans laquelle aucune découverte n’est possible.
Pris isolément, ces événements racontent des histoires différentes. Ensemble, ils dessinent une même figure. Ils parlent du passage. Du lien. De la transmission. Du devenir. Ils parlent de cette conversation ininterrompue entre l’enfant que nous avons été, l’adulte que nous sommes et l’être que nous cherchons encore à devenir.
Peut-être est-ce précisément cela que la pensée de la Gestalt nous invite à percevoir : le sens n’apparaît pas dans les éléments pris séparément, mais dans la configuration qui émerge lorsqu’ils entrent en relation. Ce qui semblait dispersé révèle soudain une cohérence. Ce qui paraissait fortuit dessine une forme. Le regard découvre alors un motif qui était déjà là, mais qu’il n’avait pas encore appris à voir.
C’est précisément cette idée de passage qui me ramène aujourd’hui à John Welwood. Psychologue, thérapeute, penseur de la relation et pionnier de la psychologie contemplative, Welwood a consacré sa vie à bâtir des ponts entre la psychologie occidentale et les traditions spirituelles orientales. Influencé par Carl Rogers autant que par le bouddhisme tibétain, il a développé une vision profondément humaine de la transformation intérieure.
Pour Welwood, l’éveil n’est pas une fuite hors de la condition humaine, mais une manière plus profonde de l’habiter. L’une de ses intuitions les plus fécondes demeure le concept de bypass spirituel, cette tendance à utiliser la spiritualité pour contourner les blessures psychologiques non résolues. Là où certains cherchent à dépasser leur humanité, Welwood invite à la traverser. À accueillir les fragilités, les contradictions et les blessures non comme des obstacles, mais comme des passages.
Cette idée me touche particulièrement aujourd’hui. Dans une époque fascinée par la performance, l’optimisation et les promesses de l’intelligence artificielle, Welwood nous rappelle que la véritable transformation ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre. Elle consiste à devenir plus pleinement soi-même.
Peut-être est-ce là que son œuvre rencontre celle d’Edgar Morin qui nous a appris à penser la complexité. À relier ce qui semblait séparé. À comprendre que le sens naît moins de l’accumulation des savoirs ou des choses matérielles que de la qualité des liens que nous sommes capables de percevoir entre tout ce qui existe ici et maintenant. Il nous a appris à habiter l’incertitude plutôt qu’à la combattre. À accepter que toute connaissance demeure inachevée.
Cette réflexion résonne profondément avec les questions qui accompagnent aujourd’hui mon propre cheminement de recherche doctorale. En explorant les récits de voyage français du XVIᵉ siècle, je découvre des explorateurs qui avançaient vers l’inconnu avec des cartes incomplètes et des certitudes fragiles. Ils traversaient les océans, rencontraient d’autres peuples, observaient d’autres cultures et cherchaient des mots pour décrire ce qu’ils voyaient. Mais derrière les descriptions géographiques se cache une expérience plus profonde : celle de la rencontre avec l’altérité.
Ces récits de voyage ne parlent pas seulement de territoires. Ils parlent de regards. Ils racontent ce moment où une vision du monde rencontre ses limites et doit s’élargir.
Le voyageur croit découvrir l’Autre. En réalité, il découvre aussi une part inconnue de lui-même.
Plus j’avance dans cette recherche, plus je suis frappée par son actualité. Les navigateurs de la Renaissance partaient avec l’espoir de découvrir des terres inconnues. Nous avançons aujourd’hui dans des univers numériques, culturels et technologiques dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences. Les navigateurs exploraient des continents. Nous explorons des territoires cognitifs, informationnels et relationnels nouveaux.
Le paradoxe est fascinant. Les textes que j’étudie, autrefois accessibles à quelques érudits seulement, sont désormais disponibles en quelques secondes grâce aux bibliothèques numériques. Les collections de Gallica permettent aujourd’hui à une chercheuse du XXIᵉ siècle de dialoguer avec des auteurs du XVIᵉ.
La technologie rapproche les siècles, mais elle ne remplace pas le regard. Elle ouvre les portes, mais elle ne franchit pas le seuil à notre place, car toute découverte authentique exige une transformation intérieure.
Après plus de trente années consacrées à l’éducation, à la francophonie, aux projets européens et à la médiation culturelle, je suis de plus en plus convaincue que les défis majeurs de notre époque sont profondément humains.
L’école nous apprend à analyser. L’université nous apprend à rechercher. Les technologies nous donnent accès à des connaissances presque infinies. Mais qui nous apprend à écouter ? Qui nous apprend à accueillir la différence ? Qui nous apprend à transformer la rencontre en dialogue et le dialogue en compréhension ? Peut-être est-ce précisément ce chemin que John Welwood nous propose dans son livre intitulé Le Voyage du cœur. Une invitation à habiter pleinement notre humanité et à reconnaître que la vulnérabilité n’est pas l’opposé de la force. Qu’elle en est parfois la source. Une invitation à comprendre que les blessures ne sont pas seulement ce qui nous limite, mais aussi ce qui peut nous ouvrir.
Et c’est peut-être également ce que symbolise le retour de Nadia Comăneci à Onești, sa ville natale. Nous retenons les records, les médailles, le premier 10 de l’histoire de la gymnastique, les sommets atteints. Mais derrière chaque accomplissement demeure une origine. Un lieu de départ – Onești, en Roumanie. Une mémoire francophone – Montréal, au Canada. Une enfance. Une histoire de vie qui peut également être lue comme une histoire de migration, d’adaptation et de reconstruction identitaire, au-delà de la légende sportive que le monde entier reconnaît.
Lorsque l’on évoque Nadia, on pense presque spontanément aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976, au premier 10 de l’histoire de la gymnastique et à cette performance qui a transformé à jamais son sport. Pourtant, il existe une autre traversée, moins spectaculaire mais peut-être plus exigeante : celle d’une femme qui quitte son pays natal et doit réinventer sa vie dans un nouvel univers culturel.
En novembre 1989, quelques semaines avant la chute du régime communiste en Roumanie, Nadia Comăneci choisit de quitter son pays. Son chemin vers la liberté fut difficile et risqué. Après avoir franchi clandestinement la frontière, elle rejoint les États-Unis, où commence un nouveau chapitre de son existence.
Pour de nombreux migrants, partir ne signifie pas seulement changer de lieu de vie ou de langue. C’est aussi se détacher d’un univers familier fait de souvenirs, d’habitudes, de relations et de repères. Sous cet angle, Nadia a vécu une expérience partagée par des millions d’hommes et de femmes qui ont dû reconstruire leur vie dans un autre pays.
En arrivant en Amérique, elle n’était plus seulement la gymnaste prodige admirée dans le monde entier. Elle devenait également une femme appelée à redéfinir son identité, sa place et son avenir. Elle a appris à évoluer dans une société différente, à construire de nouveaux liens et à transformer sa notoriété sportive en un engagement durable dans les domaines du sport, de l’éducation et de l’action humanitaire.
Son parcours illustre l’une des grandes leçons de l’expérience migratoire : les racines et les ailes ne s’opposent pas. Nadia est devenue citoyenne américaine, a fondé une famille avec Bart Conner et a développé une carrière internationale. Pourtant, le lien avec la Roumanie n’a jamais disparu. C’est sans doute ce qui confère une telle force symbolique à son récent retour à Onești.
Pour un migrant, le lieu natal n’est pas seulement un point sur une carte. C’est un territoire de mémoire. L’espace où sont nés les premiers rêves, les premières émotions, les premiers modèles de vie. Il demeure ce point d’origine qui continue d’habiter notre monde intérieur, quelle que soit la distance parcourue.
Ainsi envisagée, l’histoire de Nadia Comăneci dépasse largement la seule performance sportive. Elle devient une histoire de liberté, de résilience, d’adaptation et d’appartenance. Une histoire qui témoigne de la capacité humaine à traverser des frontières géographiques, culturelles et existentielles sans perdre le lien avec ce qui nous a construits.
Dans le contexte de ma réflexion autour du livre Le voyage du cœur, Nadia apparaît alors comme une autre figure du voyageur. Non pas le voyageur de la Renaissance qui traverse les océans à la découverte de terres inconnues, mais celui qui traverse son propre destin. Son retour à Onești, après plusieurs décennies passées loin de sa ville natale, rappelle que tout voyage, aussi long soit-il, conserve la mémoire de son commencement.
Peut-être est-ce là l’un des grands paradoxes de la condition humaine : nous partons pour découvrir le monde, mais il nous faut parfois revenir à nos origines pour comprendre plus profondément qui nous sommes devenus.
À l’approche de la Journée de l’Enfant, cette idée prend une résonance particulière. Comme le suggérait Lucian Blaga dans son dialogue des âges, l’enfant que nous avons été ne disparaît jamais complètement. Il continue de vivre en nous, d’interroger notre présent et d’éclairer notre avenir. Il demeure la source de notre capacité d’émerveillement, cette disposition intérieure sans laquelle aucune découverte, aucune création et aucune recherche authentique ne sont possibles.
En relisant aujourd’hui Le Voyage du cœur, j’ai eu le sentiment que tous ces fils dispersés commençaient à dessiner une même figure. La Pentecôte et son souffle qui relie. Edgar Morin et sa pensée de la complexité. Nadia Comăneci et la fidélité aux racines. Les voyageurs de la Renaissance et la rencontre avec l’altérité. L’enfant intérieur évoqué par Lucian Blaga. John Welwood et le chemin du cœur. Pris séparément, ces éléments racontent des histoires différentes. Ensemble, ils composent une métaphore vivante du devenir humain, mais le sens naît lorsque l’esprit humain parvient à tisser des liens entre des réalités qui, à première vue, semblaient étrangères les unes aux autres.
Peut-être qu’au fond, chaque livre important attend simplement le moment où nous serons prêts à en saisir un fil nouveau. Un fil qui vient rejoindre la trame secrète de notre propre histoire, enrichir notre regard et élargir notre horizon.
Si, un jour, vous croisez le livre Le voyage du cœur sur votre chemin, ne le lisez pas seulement avec vos yeux. Écoutez ce qu’il vient éveiller en vous, car la relecture de certains livres ne nous apporte pas de réponses. Elle nous invite à poursuivre le tissage inachevé de notre propre devenir.
Et peut-être est-ce là, déjà, le commencement d’un autre voyage. ❤️
« La découverte consiste à voir ce que tout le monde a vu et à penser ce que personne n’a pensé. » (Dr Albert Szent-Györgyi)
Peut-être que l’une des transformations les plus subtiles et les plus importantes de notre époque ne se produit ni dans la technologie, ni dans les algorithmes, ni même dans l’intelligence artificielle, mais dans la manière dont nous commençons à nous regarder nous-mêmes. Car chaque changement extérieur produit, tôt ou tard, une transformation intérieure, et au cœur de cette métamorphose se trouve l’image de soi.
✨ Quelque chose d’ancien sur l’image de soi
Pendant longtemps, l’image de soi a été principalement associée à l’apparence physique ou au niveau de nos performances. Pourtant, en réalité, l’image de soi est bien plus profonde. Elle représente la manière dont nous percevons nos propres caractéristiques physiques, émotionnelles, cognitives, sociales et spirituelles, toutes ces dimensions qui structurent notre identité intérieure.
Tout au long de notre vie, nous portons en nous plusieurs versions du moi : le moi actuel, le moi idéal, le moi futur.
Parfois, nous restons ancrés dans une ancienne version de nous-mêmes, alors même que la vie nous invite déjà vers autre chose.
C’est peut-être là l’un des grands paradoxes du devenir : ce n’est pas d’abord la réalité extérieure qui nous limite, mais l’image que nous avons de nous-mêmes.
Il existe des personnes belles qui se perçoivent insuffisantes. Des personnes compétentes qui doutent de leur propre valeur. Des enseignants extraordinaires qui se sentent encore « insuffisamment préparés » pour parler, publier, créer ou inspirer à plus grande échelle.
La perception de soi ne représente pas la vérité sur nous-mêmes, mais seulement une carte de notre territoire intérieur. Et parfois, cette carte a besoin d’être redessinée.
✨ Quelque chose de nouveau sur l’image de soi
Aujourd’hui, le numérique et l’intelligence artificielle transforment profondément notre manière de travailler, d’apprendre, de communiquer et d’habiter le monde. Mais peut-être que le véritable défi n’est pas l’adaptation à la technologie, mais l’adaptation de notre image de soi aux nouvelles possibilités du monde extérieur.
De nombreuses personnes vivent aujourd’hui une transition identitaire silencieuse.
L’enseignant qui a enseigné pendant des décennies commence à se demander s’il est encore pertinent dans un monde dominé par l’IA. Le chercheur se demande si sa voix compte encore parmi des millions d’informations générées automatiquement. L’adulte arrivé au milieu de sa vie se demande s’il peut encore apprendre quelque chose de nouveau… et c’est précisément dans cet espace du doute de soi qu’apparaît la différence entre stagnation et réinvention.
Ce n’est pas la technologie qui décide de ce que nous devenons, mais notre relation intérieure au changement.
✨ Imagination, perception, mémoire
Peut-être que la réinvention professionnelle commence d’abord dans l’imagination.
L’imagination est l’espace où nous projetons le possible avant qu’il n’existe concrètement.
Au moment où un enseignant commence à s’imaginer créateur de contenu, mentor, formateur, chercheur international, médiateur culturel ou facilitateur de pensée critique, son identité commence déjà à se transformer.
Le cerveau ne fait pas une distinction aussi nette entre une expérience réellement vécue et une expérience intensément imaginée et répétée.
Puis intervient la perception. La théorie de l’autoperception nous montre que les individus construisent leur image d’eux-mêmes en observant leurs propres comportements. Autrement dit, nous ne devenons pas confiants avant d’agir ; très souvent, nous agissons d’abord, puis nous commençons à nous percevoir autrement.
Chaque nouvelle expérience devient alors un miroir intérieur.
« Si j’ai eu le courage de participer à ce projet, cela signifie que je suis capable. » « Si les autres résonnent avec mes idées, alors ma voix a de la valeur. » « Si j’ai réussi à m’adapter jusqu’ici, je peux probablement continuer à me réinventer. »
Ainsi, l’image de soi commence à se reconstruire progressivement, tandis que la mémoire fixe cette nouvelle identité.
La mémoire des réussites. La mémoire des petits pas. La mémoire des expériences dépassées. La mémoire de tous ces moments où nous avons été meilleurs et plus forts que nous ne le pensions.
✨ Estime de soi et confiance en soi
L’estime de soi représente la manière dont nous évaluons notre propre valeur.
La confiance en soi représente la croyance que nous sommes capables de réaliser certaines choses.
Les deux sont profondément liées, mais elles ne sont pas identiques.
Une personne peut posséder de réelles compétences et pourtant avoir une image de soi fragile. Elle peut avoir un potentiel extraordinaire sans jamais l’activer à cause de croyances limitantes.
Beaucoup de personnes ont grandi en entendant : « Laisse, je vais le faire à ta place. » « Tu n’es pas assez bon. » « Tu ne peux pas. » « Ce n’est pas le bon moment. » « Il est trop tard. »
Ces messages deviennent parfois des voix intérieures qui continuent à diriger notre vie même à l’âge adulte.
Mais les croyances peuvent être transformées. Et l’une des plus grandes formes de liberté consiste précisément dans notre capacité à changer de cadre de référence et à regarder une même expérience depuis une perspective nouvelle.
Car lorsque nous changeons notre perception, nous changeons notre émotion. Lorsque nous changeons notre émotion, nous changeons notre comportement. Et lorsque nous changeons notre comportement, nous transformons nos résultats ainsi que notre identité future.
✨ Tradition et réinvention
Se réinventer ne signifie pas renier ce que l’on a été ou ce que l’on ressent. Cela signifie transformer l’expérience accumulée en ressource pour l’avenir.
Les enseignants qui resteront véritablement pertinents ne seront pas forcément ceux qui maîtriseront le plus grand nombre d’outils numériques, mais ceux qui réussiront à unir : la mémoire et l’innovation, les racines et la flexibilité, l’expérience et la curiosité, l’humanité et la technologie.
Dans un monde dominé par les écrans et les algorithmes, l’authenticité deviendra l’une des compétences les plus rares et les plus précieuses.
🌻 Journal réflexif – questions d’auto-coaching
🌿 Quelles croyances sur moi-même me représentent encore aujourd’hui… et lesquelles ne me correspondent plus ?
🌿 Dans quelles situations me suis-je sous-estimé sans même m’en rendre compte ?
🌿 Quelles expériences passées me prouvent que je suis plus capable que je ne le crois ?
🌿 À quoi ressemblerait ma version professionnelle dans cinq ans si j’avais pleinement confiance en mon potentiel ?
🌿 Quelle partie de mon identité mérite d’être conservée comme racine… et quelle partie a besoin d’être réinventée ?
🌿 Si je considérais le changement comme une opportunité plutôt qu’une menace, qu’est-ce que je commencerais à faire différemment dès aujourd’hui ?
✨ Appel à l’action
Peut-être n’avons-nous pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour évoluer.
Peut-être devons-nous simplement avoir le courage de regarder autrement ce qui existe déjà en nous.
Imaginer davantage. Nous observer avec plus de bienveillance. Nous souvenir de nos réussites. Conserver les croyances qui nous soutiennent et abandonner celles qui nous limitent. Car l’avenir professionnel ne se construit pas uniquement par la technologie, mais aussi par la manière dont nous choisissons de redéfinir notre identité face à ce monde nouveau.
Et parfois, la découverte la plus importante est celle-ci : voir le même monde, mais commencer enfin à nous voir nous-mêmes avec un regard nouveau.
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Un parcours structuré en trois étapes complémentaires :
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Cette expérience est faite pour vous si vous souhaitez :
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Ce n’est pas seulement un programme de développement personnel. C’est un processus de reconstruction intérieure et d’optimisation stratégique, fondé sur des données scientifiques, une solide expérience professionnelle et une pratique appliquée.
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Virginia Brăescu Professeure | Formatrice | Mentore | Coach | Manager de projets et d’innovation
„Descoperirea înseamnă să vezi ceea ce au văzut toți și să gândești ceea ce nu a gândit nimeni.” (Dr. Albert Szent-Györgyi)
Poate că una dintre cele mai subtile și importante transformări ale vremurilor pe care le trăim nu se produce în tehnologie, în algoritmi sau în inteligența artificială, ci în modul în care începem să ne privim pe noi înșine. Pentru că fiecare schimbare exterioară produce, mai devreme sau mai târziu, o schimbare interioară, iar în centrul acestei transformări se află imaginea de sine.
✨ Ceva vechi despre imaginea de sine
Ani la rând, imaginea de sine a fost asociată în principal cu aspectul fizic sau cu nivelul performanțelor noastre. În realitate însă, imaginea de sine este mult mai profundă. Ea reprezintă modul în care ne percepem propriile caracteristici fizice, emoționale, cognitive, sociale și spirituale, toate acele dimensiuni care structurează identitatea noastră interioară.
De-a lungul vieții, purtăm în noi mai multe versiuni ale eului: eul actual, eul ideal, eul viitor.
Uneori trăim ancorați într-o versiune veche a noastră, chiar dacă viața ne invită deja către altceva.
Poate că acesta este unul dintre marile paradoxuri ale devenirii: nu realitatea exterioară ne limitează, ci imaginea pe care o avem despre noi înșine.
Există oameni frumoși care se percep insuficienți. Oameni competenți care nu au încredere în valoarea lor. Profesori extraordinari care încă se simt „prea puțin pregătiți” pentru a vorbi, a publica, a crea sau a inspira la scară mai mare.
Percepția de sine nu reprezintă adevărul despre noi, ci doar o hartă a propriului teritoriu interior, dar această hartă are nevoie să fie redesenată.
✨ Ceva nou despre imaginea de sine
Astăzi, lumea digitală și inteligența artificială schimbă profund felul în care muncim, învățăm, comunicăm și ne raportăm la lume. Dar poate că adevărata provocare nu este adaptarea la tehnologie, ci adaptarea imaginii noastre de sine la noile posibilități ale lumii exterioare.
Mulți oameni trăiesc astăzi o tranziție identitară tăcută. Profesorul care a predat zeci de ani începe să se întrebe dacă mai este relevant într-o lume dominată de IA. Cercetătorul se întreabă dacă vocea lui mai contează printre milioane de informații generate automat. Adultul aflat la mijlocul vieții se întreabă dacă mai poate începe să învețe ceva nou… și exact aici, în acest spațiu al îndoielii de sine, apare diferența dintre stagnare și reinventare.
Nu tehnologia decide cine devenim, ci relația noastră interioară cu schimbarea.
✨ Imaginație, percepție, memorie
Poate că reinventarea profesională începe mai întâi în imaginație.
Imaginația este spațiul în care proiectăm posibilul înainte ca el să existe concret.
În momentul în care un profesor începe să se imagineze creator de conținut, mentor, formator și cercetător internațional, mediator cultural sau facilitator al gândirii critice, identitatea sa începe deja să se transforme.
Creierul nu face diferența atât de clar între experiența trăită și experiența imaginată intens și repetat.
Apoi intervine percepția. Teoria autopercepției ne arată că oamenii își construiesc imaginea despre sine observându-și propriile comportamente. Cu alte cuvinte, nu devenim încrezători și apoi acționăm, ci acționăm mai întâi, iar apoi începem să ne percepem diferit.
Fiecare experiență nouă devine o oglindă interioară.
„Dacă am avut curajul să particip la acel proiect, înseamnă că pot.” „Dacă oamenii rezonează cu ideile mele, înseamnă că vocea mea are valoare.” „Dacă am reușit să mă adaptez până acum, probabil mă pot reinventa și mai departe.”
Astfel, imaginea de sine începe să se reconstruiască treptat, iar memoria fixează această nouă identitate.
Memoria succeselor. Memoria pașilor mici. Memoria experiențelor depășite. Memoria tuturor momentelor în care am fost mai buni și mai puternici decât credeam.
✨ Stima de sine și încrederea în sine
Stima de sine reprezintă modul în care ne evaluăm propria valoare.
Încrederea în sine reprezintă credința că putem realiza anumite lucruri.
Cele două sunt profund legate, dar nu identice.
O persoană poate avea competențe reale și totuși o imagine de sine fragilă. Poate avea un potențial extraordinar, dar nu îl activează niciodată din cauza convingerilor limitative.
Mulți oameni au crescut auzind: „Lasă că fac eu.” „Nu ești suficient de bun.” „Nu poți.” „Nu e momentul.” „E prea târziu.”
Astfel de mesaje devin uneori voci interioare care continuă să ne conducă viața chiar și la maturitate.
Dar convingerile pot fi schimbate, iar una dintre cele mai mari forme de libertate este capacitatea de a ne schimba cadrul de referință și de a privi aceeași experiență dintr-o perspectivă nouă.
Pentru că atunci când schimbăm percepția, schimbăm emoția. Când schimbăm emoția, schimbăm comportamentul. Când schimbăm comportamentul, schimbăm rezultatele și identitatea noastră viitoare.
✨ Tradiție și reinventare
A te reinventa nu înseamnă să renegi ceea ce simți și ceea ce ai fost. Înseamnă să transformi experiența acumulată într-o resursă pentru viitor.
Profesorii care vor rămâne relevanți nu vor fi neapărat cei care cunosc cele mai multe instrumente digitale, ci cei care vor reuși să îmbine: memoria și inovația, rădăcinile și flexibilitatea, experiența și curiozitatea, umanitatea și tehnologia.
Într-o lume dominată de ecrane și algoritmi, autenticitatea va deveni una dintre cele mai rare și mai valoroase competențe.
🌻 Jurnal reflexiv – întrebări de auto-coaching
🌿 Ce convingeri despre mine mă mai reprezintă astăzi și care nu?
🌿 În ce situații m-am subestimat fără să-mi dau seama?
🌿 Ce experiențe din trecut îmi demonstrează că sunt mai capabil decât cred?
🌿 Cum ar arăta versiunea mea profesională peste 5 ani dacă aș avea încredere în propriul meu potențial?
🌿 Ce parte din identitatea mea merită păstrată ca rădăcină și ce parte are nevoie de reinventare?
🌿 Dacă aș privi schimbarea ca pe o oportunitate și nu ca pe o amenințare, ce aș începe să fac diferit chiar de astăzi?
✨ Apel la acțiune
Poate că nu trebuie să devenim altcineva pentru a evolua. Poate că trebuie doar să avem curajul să vedem altfel ceea ce există deja în noi.
Să ne imaginăm mai mult. Să ne observăm cu mai multă blândețe. Să ne amintim de propriile reușite. Să păstrăm convingerile care ne susțin și să renunțăm la cele care ne limitează.
Pentru că viitorul profesional nu se construiește doar prin tehnologie, ci prin felul în care alegem să ne redefinim identitatea în raport cu această lume nouă.
Iar uneori, cea mai importantă descoperire este aceasta: să vedem aceeași lume, dar să începem, în sfârșit, să ne vedem pe noi înșine cu alți ochi.
Salut!
🌿 În luna iulie lansez o nouă sesiune de formare, urmată de mentorat în dinamică de grup și coaching individual personalizat, dedicate dezvoltării personale și performanței profesionale.
Un parcurs structurat în trei etape complementare:
🔹 Formare – claritate conceptuală, instrumente validate și strategii aplicabile imediat 🔹 Mentorat de grup – susținere, reflecție ghidată, învățare colaborativă și responsabilizare 🔹 Coaching individual – obiective personalizate, depășirea blocajelor și plan de acțiune concret
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Nu este doar un program de dezvoltare personală. Este un proces de reconstrucție interioară și optimizare strategică, construit pe evidențe științifice, experiență profesională solidă și practică aplicată.
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Virginia Brăescu Profesor | Formator | Mentor | Coach
Retour sur ma participation aux Journées de la Francophonie 2026 à Iași, organisées les 22–23 mai 2026 à l’Université « Alexandru Ioan Cuza », autour du thème : « La Francophonie à l’épreuve du numérique ».
Pendant deux journées riches en échanges académiques, chercheurs, enseignants, experts et spécialistes venus de plusieurs espaces francophones (Roumanie, France, Belgique, Espagne, Canada, Maroc, Côte d’Ivoire, Tunisie, Grèce, République de Moldavie, Ukraine) ont réfléchi ensemble aux transformations de la langue, de la littérature, de la culture et de l’éducation à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle.
Le colloque a réuni des conférences, des communications interdisciplinaires, des tables rondes, des rencontres culturelles et des moments de réseautage scientifique dans une atmosphère intellectuelle particulièrement stimulante: le français face au numérique, les débats autour de l’IA générative, de la littérature numérique, des humanités numériques et des nouvelles médiations culturelles.
J’ai eu l’honneur de présenter ma communication : Le récit de voyage au XVIe siècle : mémoire francophone et médiation numérique de l’altérité. À travers les récits de voyage, ma recherche doctorale a exploré la manière dont les humanités numériques, Gallica et l’IA générative, permettent aujourd’hui de réactiver la mémoire francophone de la Renaissance et de proposer une nouvelle lecture herméneutique de l’altérité.
Cette expérience a représenté bien plus qu’une simple participation scientifique. Elle a été une véritable rencontre entre mémoire, littérature, technologies numériques, francophonie et médiation culturelle.
Toute ma reconnaissance pour les dialogues inspirants, les rencontres humaines, l’ouverture intellectuelle, l’énergie créative de cette 31e édition des JDLFI – Journées de la Francophonie à Iași, inscrite dans une tradition académique francophone de grande valeur depuis 1995.
Iași a confirmé encore une fois son rôle de ville universitaire, culturelle, créative, vibrante et francophone, où passé, présent et avenir dialoguent à travers la langue française.
Lumea contemporană traversează o perioadă de mutații profunde care transformă radical raportul nostru cu identitatea profesională, cunoașterea și producția de noi cunoștințe. Dezvoltarea accelerată a tehnologiilor digitale, emergența inteligenței artificiale și circulația globală a discursurilor redefinesc astăzi postura profesorului-cercetător.
Prof. drd. Virginia Brăescu Universitatea „Vasile Alecsandri” Bacău, România
Această reflecție își găsește astăzi o rezonanță aparte în modul în care profesorul-cercetător contemporan este determinat să își reconstruiască permanent postura intelectuală, pedagogică și digitală. Acesta nu mai poate fi conceput doar ca un simplu transmițător al unor cunoștințe stabile, ci devine mediator cultural, creator de sens și actor reflexiv al transformării educaționale.
În acest context, conceptul de self-fashioning, dezvoltat de Stephen Greenblatt în cadrul studiilor renascentiste, oferă o perspectivă deosebit de fertilă pentru a gândi reinventarea contemporană a identității profesionale. Renașterea marchează, într-adevăr, emergența unei noi conștiințe a subiectului capabil să se construiască prin limbaj, cultură, reprezentare și experiență. Identitatea nu mai apare ca o esență fixă, ci ca o construcție dinamică, modelată în interacțiunea cu lumea și cu celălalt.
Self-fashioning-ul renascentist: o estetică a construcției de sine
În cartea Renaissance Self-Fashioning, Stephen Greenblatt arată că omul Renașterii dezvoltă o conștiință acută a propriei reprezentări sociale și culturale. Subiectul renascentist își construiește identitatea prin discurs, coduri simbolice, practici culturale și punerea în scenă a propriei persoane. Self-fashioning-ul desemnează astfel un proces de modelare identitară în care individul devine, într-un anumit sens, autorul propriei posturi.
Această dinamică apare într-un context istoric marcat de marile descoperiri geografice, umanism, tulburări religioase și extinderea orizonturilor culturale. Confruntat cu o lume aflată în transformare, subiectul renascentist trebuie să învețe să negocieze raportul său cu alteritatea, puterea, cunoașterea și cu sine însuși.
Self-fashioning-ul nu reprezintă, așadar, un simplu exercițiu estetic sau narcisic. El constituie o strategie intelectuală și existențială de poziționare într-un univers instabil. Individul își construiește identitatea într-o mișcare permanentă de adaptare, mediere și reconfigurare simbolică.
Această perspectivă permite interogarea într-un mod deosebit de pertinent a condiției profesorului-cercetător contemporan.
Profesorul-cercetător contemporan: o identitate în mișcare
Astăzi, mutațiile tehnologice și culturale obligă profesorul-cercetător să își regândească profund rolul. Autoritatea tradițională întemeiată pe deținerea exclusivă a cunoașterii se estompează progresiv în favoarea unei posturi mai deschise, colaborative și reflexive.
Inteligența artificială transformă radical modalitățile de acces la informație, practicile de lectură, scriere și cercetare. Cunoștințele circulă acum în spații digitale multiple, hibride și adesea instabile. În acest context, profesorul nu se mai poate limita la transmiterea de conținuturi. El trebuie să învețe să însoțească, să orienteze, să interpreteze și să organizeze sensul.
Această evoluție implică o veritabilă reinventare a identității profesionale. Profesorul-cercetător devine simultan pedagog, mediator digital, creator de conținuturi, resurse, strategii, metode și noi instrumente de învățare, cercetător interdisciplinar și actor al medierii culturale.
Asemenea subiectului renascentist analizat de Greenblatt, el își construiește postura într-un proces continuu de self-fashioning profesional. Identitatea sa se modelează prin practici digitale, interacțiuni internaționale, vizibilitate academică, proiecte colaborative și capacitatea de a articula tradiția umanistă cu inovația tehnologică.
De la transmiterea cunoașterii la medierea sensului
Una dintre transformările majore ale învățământului contemporan constă în trecerea de la o logică a transmiterii la o logică a medierii. Profesorul nu mai este doar cel care deține cunoașterea, ci acela care ajută la construirea unei relații critice, etice și reflexive cu aceasta.
Într-un univers dominat de abundența informațională excesivă și de producțiile generate de inteligența artificială, competența esențială devine capacitatea de interpretare. Profesorul-cercetător trebuie să învețe să îi ghideze pe cei care învață în selecția, analiza și contextualizarea informațiilor.
Această nouă postură se apropie profund de spiritul umanist al Renașterii. Asemenea umanistului renascentist, cercetătorul contemporan trebuie să dezvolte o gândire transversală, deschisă către mai multe discipline și atentă la interacțiunile dintre cultură, limbaj, tehnică și societate.
Self-fashioning-ul contemporan nu se mai întemeiază doar pe stăpânirea discursului savant, ci și pe capacitatea de a construi punți între diferite spații ale cunoașterii.
Inteligența artificială și reinventarea hermeneutică
Inteligența artificială constituie astăzi unul dintre principalii factori de reconfigurare a identității profesionale a profesorilor și cercetătorilor. Ea modifică nu doar instrumentele de lucru, ci și reprezentările cunoașterii, ale creativității și ale autorității intelectuale.
Totuși, departe de a anunța dispariția profesorului, această mutație tehnologică pune și mai mult în valoare dimensiunea profund umană a educației. Inteligența artificială poate produce texte, sintetiza date sau automatiza anumite sarcini cognitive, însă nu poate înlocui nici conștiința critică, nici sensibilitatea interpretativă, nici intuiția hermeneutică.
În acest context, rolul profesorului-cercetător evoluează către o funcție complexă demediere între inteligența umană și inteligența artificială. El devine organizator al sensului, filtru critic și garant al profunzimii culturale într-un univers marcat de accelerarea și fragmentarea discursurilor.
Această situație impune o nouă formă de reflexivitate profesională. Profesorul-cercetător trebuie să își reevalueze permanent practicile, instrumentele, postura și relația cu cunoașterea. Identitatea sa profesională devine astfel un proces deschis, evolutiv și dinamic.
Reinventarea de sine ca etică profesională
Reinventarea contemporană a profesorului-cercetător nu ține doar de o adaptare tehnică la noile tehnologii. Ea constituie și un demers etic și existențial.
A te reinventa înseamnă a accepta incertitudinea, a învăța continuu și a traversa transformările culturale fără a pierde fundamentele umaniste ale educației. Aceasta presupune, de asemenea, o capacitate de reflecție asupra propriei persoane, asupra practicilor și asupra modului de a integra lumea academică contemporană.
În această perspectivă, self-fashioning-ul poate fi înțeles ca o pedagogie a devenirii. Identitatea profesională nu este niciodată definitiv încheiată; ea se construiește prin experiență, cercetare, dialog și deschidere către alteritate.
Profesorul-cercetător devine astfel un mediator între memorie și inovație, între patrimoniul cultural și noile forme de inteligență digitală. Rolul său constă nu doar în transmiterea cunoștințelor, ci și în menținerea vie a capacității umane de a gândi, a interpreta și a crea sens.
În loc de concluzie
Conceptul de self-fashioning, elaborat de Stephen Greenblatt în contextul Renașterii, oferă astăzi o grilă de lectură deosebit de pertinentă pentru înțelegerea reinventării contemporane a profesorului-cercetător.
Asemenea subiectului renascentist confruntat cu o lume aflată într-o profundă transformare, profesorul contemporan este provocat să învețe să își construiască identitatea într-un mediu marcat de incertitudine, mobilitatea cunoașterii și transformările tehnologice.
Inteligența artificială nu pune sub semnul întrebării necesitatea profesorului-cercetător; dimpotrivă, îi redefinește misiunea. Aceasta nu mai constă doar în transmiterea unor conținuturi, ci în capacitatea de a crea sens, de a dezvolta spiritul critic și de a însoți elevii și studenții în înțelegerea lumii contemporane.
Astfel, adevărata miză a educației actuale nu rezidă în opoziția dintre tradiție și inovație, ci în capacitatea de a articula umanismul și inteligența artificială într-o nouă formă de mediere culturală și hermeneutică.
Self-fashioning-ul contemporan devine o dinamică permanentă de reinventare intelectuală, pedagogică și umană.
Le développement accéléré des technologies numériques, l’émergence de l’intelligence artificielle et la circulation globale des discours redéfinissent aujourd’hui la posture de l’enseignant-chercheur.
Prof. drd. Virginia Brăescu Université « Vasile Alecsandri » Bacău, Roumanie
Le monde contemporain traverse une période de mutations profondes qui transforment radicalement notre rapport au savoir, à l’identité professionnelle et à la production de connaissances. Cette réflexion trouve aujourd’hui une résonance particulière dans la manière dont l’enseignant-chercheur contemporain est amené à reconstruire continuellement sa posture intellectuelle, pédagogique et numérique. Celui-ci ne peut plus être envisagé uniquement comme un transmetteur de savoirs stabilisés, mais devient un médiateur culturel, un créateur de sens et un acteur réflexif de la transformation éducative.
Dans ce contexte, le concept de self-fashioning, développé par Stephen Greenblatt dans le cadre des études renaissantes, offre une perspective particulièrement féconde pour penser la réinvention contemporaine de l’identité professionnelle. La Renaissance marque en effet l’émergence d’une conscience nouvelle du sujet capable de se construire à travers le langage, la culture, la représentation et l’expérience. L’identité n’y apparaît plus comme une essence fixe, mais comme une construction dynamique, façonnée dans l’interaction avec le monde et avec autrui.
Dans le livre Renaissance Self-Fashioning, Stephen Greenblatt montre que l’homme de la Renaissance développe une conscience aiguë de sa propre représentation sociale et culturelle. Le sujet renaissant construit son identité à travers le discours, les codes symboliques, les pratiques culturelles et la mise en scène de soi. Le self-fashioning désigne ainsi un processus de modelage identitaire où l’individu devient, en quelque sorte, l’auteur de sa propre posture.
Cette dynamique apparaît dans un contexte historique marqué par les grandes découvertes, l’humanisme, les bouleversements religieux et l’élargissement des horizons culturels. Face à un monde en transformation, le sujet renaissant doit apprendre à négocier son rapport à l’altérité, au pouvoir, au savoir et à lui-même.
Le self-fashioning n’est donc pas un simple exercice esthétique ou narcissique. Il constitue une stratégie intellectuelle et existentielle de positionnement dans un univers instable. L’individu construit son identité dans un mouvement permanent d’adaptation, de médiation et de reconfiguration symbolique.
Cette perspective permet d’interroger de manière particulièrement pertinente la condition de l’enseignant-chercheur contemporain.
L’enseignant-chercheur contemporain : une identité en mouvement
Aujourd’hui, les mutations technologiques et culturelles obligent l’enseignant-chercheur à repenser profondément son rôle. L’autorité traditionnelle fondée sur la détention exclusive du savoir s’efface progressivement au profit d’une posture plus ouverte, collaborative et réflexive.
L’intelligence artificielle transforme radicalement les modes d’accès à l’information, les pratiques de lecture, d’écriture et de recherche. Les savoirs circulent désormais dans des espaces numériques multiples, hybrides et souvent instables. Dans ce contexte, l’enseignant ne peut plus se limiter à transmettre des contenus. Il doit apprendre à accompagner, orienter, interpréter et organiser le sens.
Cette évolution implique une véritable réinvention de l’identité professionnelle. L’enseignant-chercheur devient simultanément pédagogue, médiateur numérique, concepteur de dispositifs d’apprentissage, créateur de contenus, chercheur interdisciplinaire et acteur de la médiation culturelle.
À l’image du sujet renaissant analysé par Greenblatt, il construit sa posture dans un processus continu de self-fashioning professionnel. Son identité se façonne à travers les pratiques numériques, les interactions internationales, la visibilité académique, les projets collaboratifs et la capacité à articuler tradition humaniste et innovation technologique.
De la transmission du savoir à la médiation du sens
L’une des transformations majeures de l’enseignement contemporain réside dans le passage d’une logique de transmission à une logique de médiation. Le professeur n’est plus uniquement celui qui détient le savoir, mais celui qui aide à construire une relation critique, éthique et réflexive à la connaissance.
Dans un univers dominé par la surabondance informationnelle et les productions générées par l’intelligence artificielle, la compétence essentielle devient la capacité d’interprétation. L’enseignant-chercheur doit apprendre à guider les apprenants dans la sélection, l’analyse et la contextualisation des informations.
Cette nouvelle posture rejoint profondément l’esprit humaniste de la Renaissance. Comme l’humaniste renaissant, le chercheur contemporain doit développer une pensée transversale, ouverte sur plusieurs disciplines et attentive aux interactions entre culture, langage, technique et société.
Le self-fashioning contemporain ne repose donc plus seulement sur la maîtrise du discours savant, mais également sur la capacité à construire des ponts entre différents espaces de connaissance.
Intelligence artificielle et réinvention herméneutique
L’intelligence artificielle constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de reconfiguration de l’identité professionnelle des enseignants et des chercheurs. Elle modifie non seulement les outils de travail, mais également les représentations du savoir, de la créativité et de l’autorité intellectuelle.
Cependant, loin d’annoncer la disparition de l’enseignant, cette mutation technologique met davantage en valeur la dimension profondément humaine de l’éducation. L’intelligence artificielle peut produire des textes, synthétiser des données ou automatiser certaines tâches cognitives, mais elle ne peut remplacer ni la conscience critique, ni la sensibilité interprétative, ni l’intuition herméneutique.
Dans ce contexte, le rôle de l’enseignant-chercheur évolue vers une fonction de médiation complexe entre intelligence humaine et intelligence artificielle. Il devient un organisateur du sens, un filtre critique et un garant de la profondeur culturelle dans un univers marqué par l’accélération et la fragmentation des discours.
Cette situation exige une nouvelle forme de réflexivité professionnelle. L’enseignant-chercheur doit continuellement réévaluer ses pratiques, ses outils, sa posture et sa relation au savoir. Son identité professionnelle devient ainsi un processus ouvert, évolutif et dynamique.
La réinvention de soi comme éthique professionnelle
La réinvention contemporaine de l’enseignant-chercheur ne relève pas uniquement d’une adaptation technique aux nouvelles technologies. Elle constitue également une démarche éthique et existentielle.
Se réinventer signifie accepter l’incertitude, apprendre continuellement, traverser les transformations culturelles sans perdre les fondements humanistes de l’éducation. Cela suppose également une capacité de réflexion sur soi, sur ses pratiques et sur sa manière d’habiter le monde académique contemporain.
Dans cette perspective, le self-fashioning peut être compris comme une forme de pédagogie du devenir. L’identité professionnelle n’est jamais définitivement achevée ; elle se construit à travers l’expérience, la recherche, le dialogue et l’ouverture à l’altérité.
L’enseignant-chercheur devient ainsi un « passeur » entre mémoire et innovation, entre patrimoine culturel et nouvelles formes d’intelligence numérique. Son rôle consiste non seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à maintenir vivante la capacité humaine de penser, d’interpréter et de créer du sens.
En guise de conclusion
Le concept de self-fashioning élaboré par Stephen Greenblatt dans le contexte de la Renaissance offre aujourd’hui une grille de lecture particulièrement pertinente pour comprendre la réinvention contemporaine de l’enseignant-chercheur.
Comme le sujet renaissant confronté à un monde en profonde mutation, l’enseignant contemporain doit apprendre à construire son identité dans un environnement marqué par l’incertitude, la mobilité des savoirs et les transformations technologiques.
L’intelligence artificielle ne remet pas en cause la nécessité de l’enseignant-chercheur ; elle redéfinit au contraire sa mission. Celle-ci ne repose plus uniquement sur la transmission de contenus, mais sur la capacité à créer du sens, à développer l’esprit critique et à accompagner les individus dans la compréhension du monde contemporain.
Ainsi, le véritable enjeu de l’éducation actuelle ne réside pas dans l’opposition entre tradition et innovation, mais dans la capacité à articuler humanisme et intelligence artificielle dans une nouvelle forme de médiation culturelle et herméneutique.
Le self-fashioning contemporain devient alors une dynamique permanente de réinvention intellectuelle, pédagogique et humaine.
Le Maroc habitait déjà mon imaginaire bien avant ce voyage. Il existait en moi comme une terre intérieure faite de lumière, de récits anciens, de voix mêlées, de désert, de cinéma et de poésie. Pendant des années, je l’avais traversé par les livres, les rencontres francophones en ligne, les conversations avec mes amis marocains, les images entrevues dans les films ou les documentaires. Mais rien ne prépare vraiment à ce moment suspendu où un pays imaginé devient soudain réel.
Peu à peu, la lumière changeait de texture. À travers le hublot, la terre apparaissait par fragments, comme des plans successifs surgissant d’un film silencieux. Les reliefs bruns, les lignes minérales, les nuances de sable et de cuivre semblaient émerger d’une mémoire très ancienne. Plus l’avion approchait du sol, plus une étrange émotion montait en moi — un mélange d’émerveillement, de gratitude, d’impatience et d’une douce incrédulité. J’avais l’impression de regarder un paysage que je connaissais déjà sans l’avoir jamais vu. Comme si quelque chose, profondément enfoui, reconnaissait cette lumière.
À l’aéroport de Marrakech, tout allait très vite, et pourtant chaque détail reste gravé avec une précision étonnante. Les premières voix entendues, l’air plus chaud, les couleurs, les silhouettes, les gestes… Et puis, cette image immense, projetée sur un panneau lumineux, s’est imprimée en moi avec une force inattendue : Maroc — le Royaume de la Lumière. Je crois que tout le voyage était déjà contenu dans ces mots. Une promesse. Une esthétique. Une manière d’habiter le monde. À cet instant précis, j’ai compris que je n’entrais pas seulement dans un pays, mais dans une expérience du regard.
Vint ensuite cet accueil, simple et profondément chaleureux.
À la sortie de l’aéroport, l’accueil chaleureux d’Adil Elmadhi, vice-président de la FIPF et président de la Ligue Marocaine des Professeurs de Français, ainsi que celui de sa famille, a immédiatement donné au voyage une profondeur humaine inattendue. Très vite, les échanges sont devenus fluides, spontanés, comme si la distance entre le Maroc et la Roumanie s’était soudain réduite à quelques sourires, quelques mots partagés et une même sensibilité francophone. Ce déplacement prenait alors une dimension beaucoup plus humaine et authentique. Il ne s’agissait plus uniquement d’un voyage lié à un colloque international, mais d’une véritable rencontre humaine, faite d’attention, de bienveillance et de simplicité.
Ce qui m’a touchée surtout, c’est cette impression rare d’être accueillie sans les masques formels que nous portons souvent dans les contextes professionnels ou institutionnels. Très vite, les titres, les fonctions et les protocoles se sont effacés derrière quelque chose de beaucoup plus authentique : le plaisir d’être ensemble, de parler librement, de partager un repas, une route, des histoires de vie, des éclats de rire et des silences naturels.
Cette proximité m’a permis de sentir, de l’intérieur, la texture des relations au sein d’une famille marocaine : l’attention portée aux autres, la place accordée aux enfants, les gestes spontanés de générosité, les regards complices, la manière de partager le temps et l’espace sans précipitation. À travers ces moments simples du quotidien, je découvrais un Maroc beaucoup plus véridique, profondément humain et relationnel, loin des images touristiques ou des représentations construites à distance. Leur présence a donné au séjour une lumière particulière, celle des liens sincères qui se créent naturellement entre les personnes, les familles, les cultures et les pays.
La médina respirait comme un organisme vivant, traversé de voix, de lumières, de parfums et de mouvements incessants. Avec Adil Elmadhi et sa famille, je découvrais la place Jamaa el-Fna comme un théâtre à ciel ouvert où chaque pas révélait une nouvelle scène. Les étals illuminés semblaient flotter dans la nuit chaude, les vendeurs de jus d’orange alignaient leurs pyramides de fruits comme des compositions picturales, tandis que les fumées d’épices et de grillades dessinaient dans l’air des volutes presque irréelles.
Autour de la table partagée, entre le pain marocain encore chaud, les olives, les sauces épicées, les pommes de terre dorées et les plats de viande parfumée, quelque chose d’essentiel se tissait silencieusement : une forme de proximité simple, sincère, profondément humaine. Les regards circulaient avec naturel, les conversations passaient du français à l’arabe, de l’humour aux souvenirs, des projets éducatifs aux gestes du quotidien. À certains moments, je cessais presque de parler pour simplement regarder cette vie autour de moi — les familles réunies, les silhouettes traversant la place, les lumières mouvantes, les musiciens au loin, les couleurs des étoffes et des fruits sous les néons.
Marrakech devenait alors bien plus qu’une ville. Une pulsation. Une mémoire vivante. Une expérience sensorielle totale.
La route vers Ouarzazate ouvrait alors ses horizons comme une longue fresque mouvante. Les montagnes de l’Atlas défilaient dans une lumière irréelle, entre ombre et éclat, entre roche nue et touches végétales inattendues. Par moments, le paysage semblait presque silencieux, immense, minéral ; puis surgissaient soudain des villages accrochés aux reliefs, des palmiers, des maisons de terre ocre, des fleurs jaunes au bord de la route, comme des éclats de vie déposés au milieu de l’immensité. Tout semblait traversé par cette sensation étrange de passer entre plusieurs mondes : le réel, l’imaginaire, la mémoire, le cinéma.
À Ouarzazate, chaque paysage semblait déjà cadré. Chaque lumière créait une scène. Chaque déplacement devenait un mouvement de caméra. Il y avait des premiers plans — un visage, une main, une tasse de café, une porte entrouverte. Des arrière-plans — les montagnes, le désert, les palmeraies, les murs de terre rouge. Des ralentis intérieurs aussi : ces instants où le regard cesse simplement de consommer des images pour entrer réellement dans leur profondeur.
Le vent léger dans les palmiers, les couleurs du ciel au-dessus de l’oued, les structures métalliques dressées face au paysage comme des portails symboliques entre deux mondes, tout semblait participer à une même scénographie silencieuse. Même le silence possédait ici une densité particulière, comme s’il contenait à lui seul une multitude de pensées.
À l’issue de cette traversée entre Marrakech et Ouarzazate, dans cette lumière de fin de journée où le désert semblait lentement absorber les dernières couleurs du ciel, un autre moment est venu donner au voyage une profondeur humaine particulière. La veille de l’ouverture du colloque international, j’ai été invitée à dîner dans une famille marocaine traditionnelle où trois générations vivaient ensemble sous le même toit — les grands-parents, les parents et les enfants.
Les paysages immenses de l’Atlas, le silence des routes et les horizons minéraux traversés pendant des heures résonnaient encore en moi lorsque je suis entrée dans cette maison. Le regard passait soudain du vaste paysage à l’intimité du quotidien, comme un changement de focale dans un film.
Dès l’entrée, j’ai ressenti cette chaleur discrète qui ne se met pas en scène, mais qui se perçoit immédiatement dans les regards, les gestes et la manière d’ouvrir naturellement l’espace à l’autre. Les voix circulaient d’une pièce à l’autre avec fluidité, les enfants passaient librement entre les adultes, les grands-parents observaient la scène avec cette présence calme qui donne au temps familial une densité particulière.
Cette harmonie silencieuse me touchait profondément. À une époque marquée par la vitesse, les distances et les vies fragmentées, voir trois générations partager le même espace, le même repas, les mêmes conversations et la même soirée avait quelque chose de profondément apaisant.
La préparation du dîner elle-même ressemblait à un rituel de partage. Les plats arrivaient progressivement sur la table dans une atmosphère simple et chaleureuse. Chacun participait naturellement : un sourire, un geste, une attention discrète, une invitation à goûter, à reprendre, à partager encore. Rien ne semblait démonstratif. Tout paraissait couler avec évidence, comme une manière profondément enracinée d’habiter ensemble le quotidien.
Ce qui m’a le plus touchée, c’est la façon dont ils m’ont intégrée immédiatement dans cette intimité familiale, sans distance ni formalité excessive, comme si ma présence allait simplement de soi. Peu à peu, les titres, les fonctions et même l’idée d’être « invitée étrangère » disparaissaient. Il ne restait plus qu’une sensation très simple : celle d’être accueillie avec sincérité autour d’une table familiale, dans un moment réel de vie partagée.
Je porte aujourd’hui une reconnaissance sincère à Zahira et Mohamed Boukhch, à Ouarzazate, pour la chaleur de leur accueil, leur générosité discrète et cette manière profondément humaine de prendre soin des autres avec simplicité et naturel. À travers leur présence attentive, leurs gestes délicats et le temps partagé ensemble, le voyage a gagné une profondeur affective que je n’oublierai pas. Même le trajet du retour vers l’aéroport de Marrakech semblait prolonger cette continuité de bienveillance et de confiance, comme si les kilomètres traversés entre Ouarzazate et Marrakech effaçaient symboliquement les distances géographiques et temporelles qui séparent l’Europe et l’Afrique.
Et peut-être est-ce aussi cela que certains voyages offrent silencieusement : la possibilité d’entrer, le temps d’une soirée, dans le rythme intérieur d’une autre culture, non pas comme observateur extérieur, mais comme présence acceptée au cœur même du quotidien.
Un autre moment est venu prolonger cette impression de traverser sans cesse des mondes superposés : la visite des Atlas Studios d’Ouarzazate. En entrant dans ces décors de cinéma ouverts sur le désert, je ne savais plus exactement où s’arrêtait le réel et où commençait la fiction. Les temples égyptiens reconstitués, les hiéroglyphes, les portes monumentales, les statues, les perspectives théâtrales et les immenses plateaux baignés de lumière donnaient l’impression de voyager simultanément à travers les civilisations, les époques et les imaginaires du monde. Tout semblait conçu pour raconter des histoires plus grandes que le temps lui-même.
Je marchais dans ces décors avec une curiosité presque enfantine, fascinée par cette rencontre entre l’art, le cinéma, le patrimoine et l’illusion visuelle. À certains instants, je me surprenais à sourire simplement devant la magie du lieu — devant une caméra géante installée dans la cour des studios, devant ces cadres symboliques ouverts sur le ciel d’Ouarzazate, devant cette capacité du cinéma à transformer un espace désertique en territoire universel de création.
Cette visite a pris aussi une dimension profondément humaine grâce à la présence de Naima Seghrouchni, vice-présidente de la LIMPF et présidente du colloque international d’Ouarzazate, et de Zineb Elmadhi, l’épouse d’Adil Elmadhi, avec lesquelles j’ai partagé ces moments de découverte, d’émerveillement et de dialogue. Entre les décors monumentaux, les photographies improvisées et les échanges spontanés au milieu des plateaux de tournage, quelque chose de très naturel se construisait : une mémoire commune faite d’amitié et de francophonie vécue au quotidien.
Mais au-delà du spectacle, quelque chose de plus profond me touchait : cette manière qu’a Ouarzazate de faire dialoguer la mémoire, les cultures et les récits. Ici, les paysages deviennent décors, les décors deviennent mémoire collective, et le cinéma lui-même semble prolonger les grandes histoires humaines qui traversent les siècles. Peut-être est-ce aussi pour cela que cette ville possède une atmosphère si particulière : elle donne constamment l’impression que le réel et l’imaginaire continuent de se regarder l’un l’autre.
La visite du Musée du Cinéma d’Ouarzazate a pris une dimension encore plus particulière parce qu’elle a été vécue dans une atmosphère d’amitié, de dialogue interculturel et de curiosité partagée. J’ai eu la joie de découvrir cet univers fascinant aux côtés de mes amis marocains, les professeurs universitaires Driss Louiz et Cherqui Ameur, ainsi qu’en compagnie d’Elena Konovalova, professeure venue de Russie.
Au fil des salles, des décors monumentaux et des espaces de tournage, les échanges circulaient naturellement entre nous, mêlant regards personnels, références culturelles, souvenirs de films, réflexions sur l’art, la littérature et la transmission. Cette visite devenait alors bien plus qu’une simple découverte touristique : une véritable expérience humaine et intellectuelle, portée par la rencontre entre plusieurs sensibilités, langues et imaginaires.
Dans ces décors où tant de civilisations semblent se croiser — Égypte antique, Orient, mondes mythiques ou historiques — la présence d’amis venus du Maroc, de Roumanie et de Russie donnait presque au lieu une valeur symbolique. Comme si le cinéma, lui aussi, devenait un espace de médiation entre les cultures, capable de rapprocher les personnes bien au-delà des frontières géographiques.
Un sentiment particulier de gratitude accompagne aussi le souvenir de cette visite grâce à la présence de Monsieur Cherqui Ameur, expert dans l’art cinématographique, qui nous a guidés avec passion et générosité à travers cet univers fascinant. Ses explications, ses références culturelles et son regard sensible sur les décors, les symboles et les coulisses du cinéma ont donné une profondeur supplémentaire à cette découverte.
À travers ses paroles, les lieux prenaient vie autrement. Derrière chaque scène, chaque objet, chaque espace de tournage apparaissaient non seulement des techniques de cinéma, mais aussi une véritable réflexion sur l’image, la mémoire, l’esthétique et le pouvoir des récits. Grâce à lui, cette visite est devenue une expérience beaucoup plus riche, vivante et inspirante.
Au milieu de cette traversée multidimensionnelle et sensorielle, il y eut également le colloque.
Participer au Colloque international « Villes créatives et langue française : art, littérature et formation » au Palais des Congrès d’Ouarzazate a donné au voyage une profondeur supplémentaire. Je n’étais plus seulement voyageuse : je devenais à mon tour passeuse d’idées, médiatrice entre expériences, cultures, pédagogies et imaginaires francophones.
Mon atelier, consacré à la transformation de la classe de FLE en micro-hub créatif, s’est inscrit naturellement dans cette énergie du lieu. Les échanges avec les participants, les réflexions autour de la créativité, de l’intelligence collective, de la médiation culturelle et des mutations éducatives contemporaines résonnaient autrement ici, dans cette ville où l’art, le cinéma, le patrimoine et les récits se croisent en permanence. Pendant l’atelier, les visages, les réactions et les silences attentifs changeaient comme des variations de lumière dans une scène de film. Quelque chose circulait au-delà des mots : une envie commune de réinventer l’éducation, de créer des espaces plus humains, plus ouverts, plus sensibles au monde.
Mon atelier a également proposé une réflexion inspirée de l’approche gestaltiste de l’« ici et maintenant », intégrée au modèle VISA – Voir, Imaginer, Sentir, Agir, afin d’aider les participants à observer plus consciemment la manière dont ils perçoivent les informations, les émotions, les relations et leur propre positionnement dans le moment présent. En partant de la dynamique du groupe, des échanges vécus pendant l’atelier et des réflexions personnelles des participants, cet espace d’exploration a permis de construire une analyse critique et réflexive ancrée dans l’expérience immédiate, dans une relation authentique à soi, aux autres et au contexte interculturel partagé.
Nous avons également interagi et échangé de nombreuses idées autour de la manière de construire des passerelles entre tradition et innovation au service de l’excellence en éducation. Cette réflexion prenait un sens encore plus fort dans le contexte même du colloque, dont les travaux se déroulaient au Centre d’ÉpanouissementIbn Khaldoun de l’Alliance Française d’Ouarzazate. Ce lieu symbolique incarnait parfaitement cette rencontre entre enracinement culturel, ouverture internationale, créativité pédagogique et innovation éducative, dans un contexte médiateur où la francophonie devenait à la fois langue de transmission, de dialogue et de co-construction des savoirs.
Le Maroc me révélait alors une autre forme de pédagogie : une pédagogie du regard, de la présence, de l’écoute et du lien.
Et aujourd’hui encore, lorsque je repense à ce premier voyage au Maroc, ce ne sont pas seulement des images qui reviennent. C’est un véritable tourbillon de sensations et d’émotions, une avalanche de pensées, de regards, de voix et de fragments lumineux. Comme si ce voyage avait laissé en moi non pas un souvenir figé, mais un film intérieur en mouvement permanent.
Peut-être est-ce cela, finalement, traverser un rêve éveillé : accepter qu’un lieu transforme doucement notre manière de regarder le monde — et peut-être aussi notre manière de nous regarder nous-mêmes.
La visite des deux kasbahs — la Kasbah de Taourirt à Ouarzazate et le ksar Aït Ben Haddou, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO — a profondément prolongé cette impression singulière de traverser des espaces suspendus entre histoire, mémoire, architecture et cinéma. À chaque passage, j’avais le sentiment d’entrer dans un décor à la fois réel et symbolique, où les murs de terre ocre semblaient encore porter les traces silencieuses des civilisations, des récits de voyage et des regards qui les avaient traversés au fil des siècles.
La Kasbah de Taourirtdonnait l’impression d’un monde construit autant pour protéger la vie que pour préserver la mémoire. Ses passages étroits, ses escaliers façonnés dans la terre, ses cours intérieures baignées de silence, ses plafonds de bois et ses ouvertures découpant le ciel comme des cadres cinématographiques créaient une esthétique presque méditative. À certains moments, je ne savais plus si j’explorais un lieu historique ou si je circulais à l’intérieur d’un récit visuel. Depuis les hauteurs de la kasbah, les paysages se déployaient comme un immense travelling cinématographique : les montagnes de l’Atlas au loin, les palmeraies, les nuances rougeâtres du désert, les silhouettes humaines avançant lentement dans les ruelles. Tout invitait à ralentir le regard et à laisser les lieux parler autrement.
Le ksar Aït Ben Haddou prolongeait cette même sensation d’immersion dans une mémoire vivante. En traversant ce ksar mythique classé par l’UNESCO, j’avais l’impression de pénétrer dans un espace où les siècles, les cultures et les imaginaires continuaient de dialoguer silencieusement. Chaque mur semblait conserver la mémoire des anciennes caravanes reliant l’Afrique subsaharienne, le désert et les routes méditerranéennes. Mais ce lieu appartient aussi profondément à l’univers du cinéma mondial. Les perspectives ouvertes sur l’infini, la lumière du désert, les architectures en pisé et les paysages presque irréels expliquent pourquoi tant de réalisateurs y ont trouvé un territoire de création capable de traverser toutes les époques et tous les imaginaires.
De nombreux films devenus emblématiques du cinéma international ont été tournés dans cette région : Gladiator, Lawrence d’Arabie, Le Royaume des cieux, Babel, La Momie, Prince of Persia, Game of Thrones ou encore certaines scènes de James Bond. En marchant dans ces décors naturels, il devenait facile de comprendre pourquoi Ouarzazate est souvent surnommée « la porte du désert » mais aussi « le Hollywood de l’Afrique ». Ici, le patrimoine réel et l’imaginaire cinématographique semblent constamment se répondre. Les kasbahs deviennent des espaces de narration universelle où l’histoire, la fiction et la mémoire collective continuent de dialoguer à travers les images.
Ce qui me touchait particulièrement dans ces deux kasbahs, c’était précisément cette proximité constante entre patrimoine et imaginaire cinématographique. Les fenêtres ouvertes sur le ciel, les jeux d’ombre et de lumière, les passages étroits, les portes anciennes et les terrasses dominant le désert donnaient parfois l’impression que chaque détail pouvait devenir un cadre de cinéma ou une page de récit de voyage.
Peu à peu, je comprenais aussi que tout voyage mobilise simultanément plusieurs positions perceptuelles, semblables à celles que l’on retrouve dans l’art narratif, dans les récits de voyage et dans la cinématographie : l’explorateur, le guide et l’observateur. L’explorateur avance vers l’inconnu avec curiosité, émotion et désir de découverte ; le guide donne du sens, crée des liens, éclaire les chemins et facilite la rencontre avec l’autre ; tandis que l’observateur contemple, analyse, relie les détails visibles aux mouvements invisibles de la mémoire, de la culture et de l’expérience humaine.
Durant ce séjour au Maroc, ces trois positions perceptuelles semblaient alterner constamment en moi, parfois même se superposer comme dans un montage cinématographique. Il y avait la voyageuse émerveillée devant les paysages de l’Atlas ou la lumière d’Ouarzazate ; la formatrice engagée dans les échanges du colloque international ; mais aussi cette présence silencieuse qui regardait les scènes vécues avec une attention presque contemplative, comme si chaque détail portait déjà la trace d’un récit plus vaste.
Le cinéma fonctionne souvent de la même manière. La caméra explore, guide le regard du spectateur, puis s’éloigne parfois pour observer en silence. Dans les récits de voyage aussi, ces déplacements perceptuels construisent la profondeur du texte : voir, écouter, transmettre, puis réfléchir à ce qui a été vu ou entendu. Peut-être est-ce précisément dans cette circulation entre exploration, médiation et contemplation que naît la véritable expérience interculturelle.
Une autre résonance intérieure n’a cessé de m’accompagner durant ce voyage : celle de Lucian Blaga, grand poète, philosophe de la culture, ambassadeur et auteur d’œuvres majeures telles que Poèmes de la lumière, Les Pas du prophète, La Trilogie de la connaissance, La Trilogie de la culture et La Trilogie des valeurs. Il m’a semblé profondément symbolique que ce retour intérieur vers son œuvre surgisse précisément autour du 9 mai, date qui marque à la fois les 131 ans de sa naissance et la Journée de l’Europe. Comme une forme discrète de synchronicité entre mémoire culturelle, voyage, connaissance et destinée européenne.
Ses vers revenaient en moi avec une force particulière :
L’enfant rit : « Ma sagesse et mon amour sont le jeu ! » Le jeune homme chante : « Mon jeu et ma sagesse sont l’amour ! » Le vieillard se tait : « Mon amour et mon jeu sont la sagesse ! »
Et peut-être manque-t-il encore une quatrième présence dans ce « jeu des âges » de Blaga : celle des larmes silencieuses, du tremblement intérieur que ni l’enfant, ni le jeune homme, ni le vieillard ne nomment vraiment, mais que chacun traverse à sa manière.
L’enfant rit devant le monde qu’il découvre. Le jeune homme chante le monde qu’il désire. Le vieillard se tait devant le monde qu’il comprend.
Mais entre le rire, le chant et le silence, il existe aussi ce moment fragile où le regard devient émotion pure — ce point de bascule où l’être humain cesse simplement d’observer pour se laisser profondément traverser par ce contraste entre ce qu’il voit ou qu’il entend à l’extérieur et ce qu’il vit intérieurement.
Le cinéma connaît très bien cette vérité-là. Derrière chaque image lumineuse existe toujours une part invisible : la nostalgie, l’absence, le vertige du temps qui passe, la beauté fragile des rencontres humaines. Peut-être est-ce pour cela que certains paysages du Maroc, certains regards croisés, certaines scènes vécues à Ouarzazate ou à Marrakech ont parfois éveillé en moi une émotion difficile à expliquer. Non pas une tristesse, mais cette forme rare de bouleversement intérieur qui surgit lorsque le réel réveille et rejoint soudain quelque chose de très profond en nous.
Cette réflexion me ramenait aussi vers Lucian Blaga, souvent surnommé « le Titan de Lancrăm », son village natal, ce « village aux larmes sans remède » évoqué dans La Chronique et le chant des âges de la vie (Hronicul și cântecul vârstelor). Il est impossible de ne pas être touché par cette étrange résonance entre le nom même de Lancrăm et le mot roumain lacrimă — la larme —, comme si toute son œuvre portait déjà, dès l’origine, la mémoire d’une sensibilité silencieuse et profonde.
Dans ses écrits autobiographiques, Blaga raconte avec une lucidité bouleversante les premières années de sa vie marquées par le silence. Pendant près de quatre ans, il ne prononça aucun mot, vivant dans une forme de mutisme mystérieux où le regard, les gestes et l’écoute semblaient remplacer le langage. Lorsqu’il parla enfin, les mots surgirent soudainement, « clairs, comme de l’argent filtré », après une longue intériorisation silencieuse du monde.
Peut-être est-ce là l’une des clés secrètes de toute sa pensée : avant de parler, apprendre à voir et à écouter le monde extérieur. Avant d’expliquer le monde, laisser d’abord entrer profondément en soi. Cette enfance traversée par le silence donne une résonance particulière à son « jeu des âges ». Le rire de l’enfant, le chant du jeune homme, le silence du vieillard et même les larmes invisibles semblent appartenir à une même connaissance intérieure du monde.
Et peut-être le cinéma muet rejoint-il lui aussi cette expérience originelle du regard. Avant que les voix ne remplissent l’écran, les premiers films racontaient déjà le monde par la lumière, les gestes, les visages, les regards et les silences. Comme dans l’enfance muette de Blaga, quelque chose se transmettait avant même les mots : une émotion, une présence, une vérité intérieure. Le spectateur traversait alors les images comme le voyageur traverse les paysages — avec ses propres mémoires, ses blessures invisibles, ses émerveillements et ses questions intérieures. Dans cette perspective, le cinéma muet devient lui aussi une forme de connaissance sensible, un espace où le visible et l’invisible dialoguent constamment.
Alors le voyage cesse d’être seulement un déplacement géographique. Il devient mémoire sensible. Et dans cette mémoire, le rire, le chant, le silence et les larmes appartiennent finalement au même langage humain.
Comment autrement pourrais-je refermer ce journal réflexif consacré à ma première expérience de voyage au Maroc, sur le continent africain, sinon par des remerciements et une profonde reconnaissance ?
Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à toute l’équipe de la Ligue Marocaine des Professeurs.e.s de Français (LIMPF) pour la qualité humaine et intellectuelle de l’organisation du Colloque international d’Ouarzazate. Ma reconnaissance va tout particulièrement à Driss Louiz, Naima Seghrouchni, Massira El Mouhader, Brahim Sedram, Asmae Senhaji, membres du comité d’organisation du colloque au sein de la LIMPF, à Ahmed Choukri, président de l’Alliance Française d’Ouarzazate, ainsi qu’à l’ensemble des invités et intervenants qui ont contribué, avec générosité, engagement et professionnalisme, à faire de cette rencontre un véritable espace de dialogue, de créativité, de réflexion et de francophonie vécue : Pierre-Jean Benghozi, Nathalie Watteyne, Arnaud Huftier, Az-Eddine Nozhi, Chakib Tazi, Cherqui Ameur, Fanny Dhéron, Karim Loulidi, Abdelkrim Oubella, Abdelaziz Lakhmour, Daoud Aoulad-Syad, Ali Essafi et Ghizlane Assif.
Ma gratitude la plus profonde va également à Adil Elmadhi et à sa famille, à qui je dois non seulement cette invitation au Maroc, mais aussi cette manière profondément chaleureuse de m’avoir accueillie et intégrée dans leur univers familial. Grâce à eux, j’ai découvert un Maroc vivant et pluriel, profondément enraciné dans ses traditions, tout en étant tourné vers la modernité, l’innovation, l’ouverture culturelle et intellectuelle incarnées par le contexte même du colloque international d’Ouarzazate.
Ces rencontres humaines ont donné à cette première expérience africaine une profondeur bien plus vaste qu’un simple déplacement académique ou culturel. Elles ont permis de prolonger cette sensation précieuse de lien humain qui dépasse les distances géographiques et temporelles séparant l’Europe et l’Afrique. Peut-être est-ce aussi cela, au fond, la véritable force de la francophonie : créer des passerelles invisibles entre les cultures, les familles, les imaginaires et les sensibilités humaines.
Et peut-être est-ce là, finalement, l’un des plus grands paradoxes de notre époque technologique : malgré les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, la conscience humaine demeure irréductible à toute logique algorithmique. La machine peut analyser, reproduire, accélérer, générer des images, des textes, des voix ou des simulations de réalité ; mais elle ne pourra jamais habiter pleinement ce territoire mouvant et vivant qu’est l’expérience humaine consciente.
Car l’esprit humain possède cette capacité extraordinaire de relier autrement, à chaque instant, les images, les émotions, les souvenirs, les perceptions et les sensations. Même lorsque les actions semblent se dérouler dans un cadre identique, jamais les émotions, les regards ou les résonances intérieures ne se reproduisent exactement de la même manière. C’est peut-être cela, au fond, le véritable paradoxe du contraste mental : cette faculté profondément humaine de recréer sans cesse du sens à partir d’un même réel.
Je pense souvent à cette triple immensité : l’océan des eaux, l’océan numérique du monde connecté et l’océan invisible des pensées humaines. L’océan marin porte les mémoires profondes de la Terre ; l’océan digital appelé Internet conserve les traces de nos archives, de nos découvertes scientifiques et technologiques, de nos images et de nos récits contemporains ; mais l’océan intérieur de la conscience humaine demeure encore plus vaste, parce qu’il est vivant, mouvant, imprévisible et profondément lié à l’imagination, à la perception et à la mémoire.
Le cinéma lui-même nous rappelle cette vérité. Avant tout, un film n’est qu’une succession d’images, de plans découpés, assemblés image par image pour devenir pellicule, mouvement et narration. Pourtant, aussi mémorable soit-il, aucun film ne pourra jamais rivaliser entièrement avec la vie elle-même. Parce que seule la conscience humaine possède cette capacité de redonner vie au passé, de transformer les souvenirs, de faire renaître les émotions et de reconnecter différemment les images intérieures selon chaque instant vécu.
La mémoire humaine ne se limite pas à l’archivage des données. Elle est mémoire profonde de nos valeurs spirituelles, culturelles et identitaires ; mémoire récente des découvertes scientifiques, des technologies et des transformations du monde ; mais aussi mémoire vivante que nous construisons jour après jour dans l’école, dans les relations humaines, dans les expériences partagées et dans les espaces de transmission culturelle.
Le cerveau humain possède cette puissance de neurogenèse et de neuroplasticité qui lui permet de créer constamment de nouvelles connexions, de transformer ses perceptions, de réinventer ses représentations et de renaître intérieurement sous d’autres formes, ici et maintenant, indépendamment des intersections entre espace et temps. Même lorsque les mentalités évoluent lentement, même lorsque les tensions entre tradition et innovation semblent parfois difficiles à concilier, cette dynamique du vivant continue de construire des ponts entre l’ancien et le nouveau.
Peut-être est-ce précisément cette tension créatrice qui rend le changement possible. Une tension féconde où les formes anciennes ne disparaissent jamais totalement, mais deviennent le fond à partir duquel émergent de nouvelles figures, de nouvelles Gestalt, de nouvelles manières de voir, de sentir, de penser et d’habiter le monde. Et tant que cette capacité de transformation intérieure existera, l’être humain restera toujours plus vaste que les images ou les films qu’il produit lui-même.
Et si la langue française devenait un laboratoire vivant de créativité, d’innovation et de sens ?
Du 4 au 6 mai 2026, j’aurai la joie de participer au Colloque international « Villes créatives et langue française : art, littérature et formation », au Palais des Congrès d’Ouarzazate, au Maroc.
Je suis profondément enthousiaste et reconnaissante pour cette invitation qui ouvre un nouvel espace de rencontre, de partage et de co-création autour de la francophonie.
Trois jours d’exploration où la langue française se réinvente comme un espace de rencontre entre création, culture, numérique et intelligence artificielle, portés par un dialogue vibrant entre chercheurs, enseignants et créateurs.
J’y animerai un atelier autour d’une idée qui m’est chère : Transformer la classe de FLE en un micro-hub créatif, où langue, culture, numérique et coopération se rencontrent pour construire une identité francophone plurielle.
Un programme riche et inspirant :
Conférences plénières animées par des intervenants de renom:
🎬🌱 CinéAction – Mobilité Erasmus+ à Bursa, en Turquie
La mobilité CinéAction: Promoting Environmental Awareness Through Cinema, réalisée à Bursa, en Turquie, dans le cadre du projet Erasmus+ JANE – Eco-Explorers: Youth in Action for Nature and Environment, s’est imposée comme une expérience qui a largement dépassé sa dimension formelle et institutionnelle, pour se configurer en un véritable espace de formation où apprentissage, création et réflexion se sont articulés dans une dynamique cohérente et profondément transformatrice.
Dans ce cadre, le voyage ne s’est pas réduit à un simple déplacement ni à une succession d’activités, mais a fonctionné comme une expérience d’apprentissage complexe, capable de générer des transformations simultanées aux niveaux cognitif, créatif et identitaire. Il a impliqué non seulement une éducation du regard, mais aussi le développement de la créativité, de la pensée critique et de la conscience civique, tout en contribuant à une compréhension plus nuancée du monde et de l’altérité.
Cette transformation s’est construite progressivement, au sein d’un parcours pédagogique soigneusement élaboré, dans lequel chaque étape a contribué à approfondir l’expérience. Des premiers moments de rencontre et de constitution des équipes internationales, jusqu’aux ateliers de storytelling, de tournage et de montage, l’ensemble du dispositif a suivi une logique de passage de la participation à l’engagement et de l’expérience à l’expression. L’apprentissage n’a pas été transmis, mais construit à travers l’interaction, la collaboration et l’implication active.
La dimension cinématographique du projet a offert le cadre dans lequel cette expérience a pu être organisée et exprimée. Le processus de réalisation des courts-métrages — de l’idée au produit final — a impliqué sélection, interprétation et construction du sens. Filmer a signifié choisir un point de vue, tandis que monter a consisté à structurer l’expérience dans une forme cohérente. Ainsi, les participants ne sont pas restés de simples observateurs du réel, mais sont devenus auteurs et médiateurs de celui-ci, capables de transformer le vécu en discours visuel.
La créativité a ainsi fonctionné comme une forme authentique de connaissance, tandis que la pensée critique s’est développée de manière naturelle, dans le contexte de la nécessité de sélectionner, d’argumenter et de prendre des décisions. Chaque production finale a reflété non seulement des compétences techniques, mais aussi une prise de position, une interprétation et un engagement.
Par ailleurs, la dimension interculturelle de la mobilité a conféré à l’expérience une densité particulière. La rencontre avec l’altérité ne s’est pas limitée à une simple exposition à la différence, mais a impliqué un processus continu de médiation, dans lequel les perspectives ont été mises en dialogue et les significations négociées et reconstruites. Le travail en équipes internationales a favorisé la constitution d’un espace de co-construction, où l’identité ne s’est pas figée, mais s’est reconfigurée en relation avec l’autre.
La dimension civique de l’expérience s’est également construite de manière organique, en lien avec la thématique du projet. Les enjeux liés à l’environnement et à la durabilité n’ont pas été cantonnés à un niveau déclaratif, mais ont été intégrés dans un processus de réflexion et d’action, invitant les participants à transformer la prise de conscience en message, et le message en engagement.
Dans ce contexte, l’expérience a été reconstruite et transposée en un discours cohérent, dans lequel le vécu est devenu intelligible et pertinent pour les autres. La dissémination n’a pas constitué une simple transmission d’informations, mais un véritable processus de médiation culturelle, au cours duquel les participants sont devenus porteurs de sens, capables de traduire leur expérience dans une forme accessible et signifiante.
Dans cette perspective, la dissémination peut être comprise comme une forme contemporaine du journal de voyage, élargie à une dimension collective et dialogique. L’expérience n’a pas été fixée dans un récit individuel, mais partagée, négociée et réinterprétée, devenant une mémoire commune et un espace de réflexion partagée.
Ainsi, la mobilité Erasmus+ à Bursa s’est configurée comme un espace de formation complexe, dans lequel le voyage a fonctionné comme un opérateur de transformation. Elle a articulé compétences, relations et formes d’expression, dessinant une pédagogie du regard adaptée à la complexité du monde contemporain.
Au-delà des activités et des résultats, ce qui demeure est cette capacité à comprendre plus profondément, à créer avec sens et à agir avec responsabilité. Car, en définitive, le voyage ne se définit pas seulement par les lieux traversés, mais par la manière dont l’expérience vécue se transforme en connaissance et se prolonge dans ce que nous choisissons de devenir.
🎬🌱 CinéAction – Erasmus+ Mobility in Bursa, Turkey
The CinéAction: Promoting Environmental Awareness Through Cinema mobility, carried out in Bursa within the Erasmus+ project JANE – Eco-Explers: Youth in Action for Nature and Environment, emerged as an experience that clearly went beyond its formal-institutional dimension, becoming a genuine learning environment in which education, creativity, and reflection were articulated within a coherent and deeply transformative dynamic.
From my perspective as a teacher participating in this mobility, as well as the Romanian project coordinator and founding president of the CTCM Association – Mediation, Consulting and Training, Center — a partner organization in the project — this experience gained an additional level of depth through the overlap of responsibilities, reflection, and engagement.
On the one hand, the mobility provided a direct framework for observing and understanding how young people learn in non-formal contexts, through active involvement and international collaboration. On the other hand, it became a space for pedagogical analysis and for validating educational practices that move beyond traditional teaching models, focusing instead on the development of complex and transferable competences.
In this context, travel was not reduced to a simple movement or a sequence of activities, but functioned as a meaningful learning experience capable of generating simultaneous transformations at cognitive, creative, and identity levels. It involved not only the education of perception, but also the development of creativity, critical thinking, and civic awareness, contributing to a more nuanced understanding of the world and of otherness.
This transformation unfolded progressively within a carefully structured pedagogical framework, in which each stage contributed to deepening the experience. From the formation of international teams to the creation of final products, the process followed a logic of transition from participation to engagement and from experience to expression. Learning was not transmitted, but constructed, and this was reflected in the way participants assumed active roles in the creative process.
The cinematic dimension of the project provided a particularly relevant framework for this transformation. The process of creating short films required not only technical skills, but also the ability to select, interpret, and construct meaning. From this perspective, participants became not only content creators but also mediators of reality, capable of translating experience into a coherent and meaningful visual language.
As a teacher and the Romanian project coordinator, I was able to observe how this type of activity stimulates the development of critical thinking. The need to make decisions, justify choices, and construct a final product generated an authentic process of reflection and responsibility. Creativity was not an end in itself, but a means of understanding and expression.
The intercultural dimension of the mobility was equally significant. Working in international teams created a space of cultural mediation in which differences were not diminished, but valued. From my perspective as a coordinator and trainer, this confirms the importance of integrating intercultural experiences into students’ education, not merely as exposure, but as an active process of negotiation and reconstruction of meaning.
At the same time, the civic dimension of the experience developed organically in relation to the project’s theme. Environmental education did not remain at a theoretical level but was integrated into activities that encouraged awareness and engagement. From an organizational perspective, this approach confirms the relevance of Erasmus+ projects as tools for developing active, responsible, and engaged young people.
A key moment of the experience was the return and the process of dissemination. The event organized at the “Radu Rosetti” Municipal Library in Onești represented not only a stage of project valorization, but also a moment of collective reflection. The participating students — volunteers of the CTCM Association Onești and students of the “Grigore Moisil” National College — succeeded in transforming their lived experience into a coherent and meaningful discourse for the local community.
From this perspective, dissemination can be understood as a form of cultural mediation and as an extension of the learning experience. Participants did not simply transmit information, but reconstructed and interpreted their experience, becoming active actors in the educational process.
In light of these observations, the Erasmus+ mobility in Bursa can be considered a relevant example of good practice in non-formal and intercultural education. It demonstrated that learning becomes truly meaningful when it is lived, reflected upon, and shared.
For me, this experience also had a confirmatory value: it validated that the directions we are developing within the CTCM Association — in terms of training, mediation, and competence development — are not only relevant, but essential in a continuously evolving educational context.
Ultimately, what remains of this mobility is not only the experience itself but also the way it continues to generate meaning, inspire, and open new perspectives. Because the true value of such an experience is measured not only by what was achieved, but by what becomes possible afterward.